Exclusif : Comment Poutine, Khameney et le prince saoudien ont conclu l’accord de l’OPEP

Vienne – Le Président russe Vladimir Poutine a joué un rôle crucial pour que l’Iran et l’Arabie Saoudite, rivaux au sein de l’OPEP, mettent leurs différences de côté afin de conclure le premier accord depuis 15 ans entre le cartel pétrolier et la Russie.

Selon des sources liées et extérieures à l’OPEP, Poutine, le vice-prince héritier d’Arabie Saoudite, l’ayatollah Khamenei (guide suprême de la Révolution islamique iranienne) et le Président Hassan Rohani sont intervenus à des moments-clés avant la réunion de l’OPEP de mercredi.

Le rôle d’intermédiaire de Poutine entre Riyad et Téhéran a été essentiel et a attesté de l’influence grandissante de la Russie au Moyen-Orient depuis son intervention militaire dans la guerre civile syrienne il y a tout juste plus d’un an.

Tout a commencé quand Poutine a rencontré le prince saoudien Mohammed en septembre, en marge d’une réunion du G20 en Chine.

Les deux hommes ont convenu de coopérer pour désaturer des marchés pétroliers qui ont vu leurs prix fondre de plus de la moitié depuis 2014, ce qui a fait plonger les revenus des gouvernements russes et saoudiens. Cette semaine, ces prix ont grimpé de 10 %, pour un maximum de 53 $ le baril.

Ces démêlés financiers ont rendu un accord possible, malgré les énormes divergences politiques entre la Russie et l’Arabie Saoudite au sujet de la guerre civile en Syrie.

« Poutine veut l’accord. Point barre. Les compagnies russes vont devoir réduire leur production », a affirmé une source liée au milieu de l’énergie et ayant été avisée des discussions.

En septembre, l’OPEP a donné son accord de principe lors d’une réunion à Alger visant à réduire la production pour la première fois depuis la crise financière de 2008.

Cela étant, les engagements de chaque pays, nécessaires à la finalisation d’un accord lors de la réunion à Vienne de mercredi, exigeaient encore beaucoup de diplomatie.

De récentes réunions de l’OPEP ont échoué en raison de disputes entre le dirigeant saoudien de fait et l’Iran, troisième producteur de l’organisation. Téhéran a longtemps soutenu qu’il n’appartenait pas à l’OPEP de l’empêcher de revenir au niveau de production des années antérieures aux sanctions occidentales.

Russian President Vladimir Putin delivers a speech during his annual state of the nation address at the Kremlin in Moscow, Russia, December 1, 2016. REUTERS/Maxim Shemetov

Le Président russe Vladimir Poutine prononce son discours sur l’état de l’union au Kremlin, le 1er décembre 2016. [Reuters/Maxim Shemetov]

Les guerres par procuration en Syrie et au Yémen ont exacerbé des décennies de tensions entre le royaume sunnite arabe et la république chiite iranienne.

LA CORDE RAIDE

Le début de la réunion n’augurait rien de bon. Les marchés pétroliers se sont retournés. Le prince saoudien Mohammed avait plusieurs fois exigé que l’Iran participe à la baisse de la production. Les négociateurs de l’OPEP saoudiens et iraniens ont tourné en rond jusqu’à l’ouverture de la rencontre.

Puis, quelques jours avant seulement, Riyad a paru s’éloigner d’un accord, menaçant de gonfler la production si l’Iran refusait de contribuer aux réductions.

C’est alors que Poutine a imposé aux Saoudiens d’assumer la plus grande part des réductions à condition que Riyad ne donne pas l’impression de faire trop de concessions à l’Iran : un accord était possible si l’Iran ne fêtait pas sa victoire face aux Saoudiens.

Un coup de fil entre Poutine et le Président iranien Rohani a adouci les choses. Selon une source proche de l’ayatollah, Rohani et le ministre du Pétrole Bijan Zangeneh ont approché leur guide suprême pour obtenir son accord à l’issue de cette communication.

Toujours selon cette source, « Pendant la réunion, le dirigeant Khamenei a souligné l’importance d’adhérer au fil rouge de l’Iran, qui ne cédait pas aux pressions politiques et n’acceptait aucune baisse de production à Vienne.

» Zangeneh a expliqué sa stratégie en détail… et obtenu l’accord du guide suprême. Il a en outre été convenu que le lobbying politique était important, surtout avec M. Poutine, et le dirigeant à là aussi été d’accord. »

Mercredi, les Saoudiens ont accepté de fortement baisser la production, encaissant là un « rude coup » selon le ministre de l’Énergie Khaled al-Faleh, tandis que l’Iran était autorisé à légèrement augmenter la sienne.

Selon les délégués de l’OPEP, l’Iranien Zangeneh a fait profil bas tout le long de la rencontre. Il avait déjà approuvé l’accord la veille au soir, avec l’aide d’un médiateur algérien, et a bien pris soin de ne pas se faire remarquer à ce sujet.

Après cette rencontre, Zangeneh, d’ordinaire combattif, a évité tout commentaire pouvant être interprété comme un déclaration de victoire sur Riyad.

« Nous avons été fermes, a-t-il déclaré à la télévision d’état. La communication téléphonique entre Rohani et Poutine a joué un rôle majeur… Après cet appel, la Russie a soutenu la baisse.

 IRAK, DERNIÈRE PIERRE D’ACHOPPEMENT

Mais l’OPEP ne serait pas l’OPEP sans une querelle de dernière minute susceptible de faire capoter l’accord : l’Irak est devenu un problème.

À mesure que se poursuivaient les pourparlers ministériels, le deuxième producteur de l’OPEP a fait valoir qu’il ne pouvait pas se permettre de baisser sa production, vu ce que lui a coûté sa guerre face à l’État islamique.

Mais, face aux pressions des autres membres de l’organisation visant à lui faire réduire sa production, le ministre du Pétrole irakien Jabar Ali al-Luaibi a pris le téléphone devant ses pairs pour appeler son Premier ministre, Haïder al-Abadi.

« Abadi lui a dit : ‘Signez-moi cet accord’. Et c’était réglé », selon une source de l’OPEP.

[Reuters]

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